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Max Kühner : « Chardonnay est un cheval incroyable »

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Il est sans doute l’un de ces cavaliers qui font de plus en plus parler d’eux en ce moment. Né en Allemagne, Max Kühner est depuis passé sous les couleurs de l’Autriche, ce qui lui a permis de participer à son tout premier championnat en 2015 à Aix-la-Chapelle avec Coeur de Lion, un mois après avoir largement contribué à la victoire de son pays dans la Coupe des Nations de Budapest. Désormais présent sur tous les plus beaux concours du monde, Max Kühner participera dans quelques semaines à la deuxième finale Coupe du Monde de sa carrière à Omaha. Rencontré à l’occasion du Jumping International de Bordeaux, ce discret cavalier de quarante-trois ans a accepté de répondre à nos questions.

Comment avez-vous commencé l’équitation ?

C’était pendant nos vacances en Autriche, à Kitzbühel. On y allait pendant l’hiver pour skier mais il n’y avait pas de neige cette année-là, donc nos parents ont dû nous trouver une occupation et ils nous ont mis dans un centre équestre. C’est comme ça que tout a commencé.
On a toujours été intéressé par les chevaux. Mes parents ont toujours eu un cheval, ils les ont toujours aimés mais plus en tant que hobby, ils étaient cavaliers amateurs.

Vous avez fait des études, vous êtes allé à l’Université. Saviez-vous à ce moment-là que vous vouliez travailler avec les chevaux et avoir une carrière dans le sport ?

J’ai aimé les chevaux dès le moment où j’ai commencé à monter. C’était la seule chose que je voulais faire. J’avais le soutien de mes parents et ma famille, et un jour mon père m’a dit « je te soutiendrais, à condition que tu termines tes études ». Je devais donc le faire et aujourd’hui je suis très content de les avoir terminées. J’ai aussi un autre travail, j’ai une société à Munich et Zurich.

Cornet Kalua – © Maria Guinamant/Dans la foulée

Pourriez-vous nous parler de vos chevaux, peut être en commençant par Cornet Kalua (Cornet Obolensky x Platin), un hongre qui est né chez vous et avec qui vous terminiez récemment deuxième du Grand Prix de Zürich ?

Oui on l’a élevé, j’ai monté sa mère pendant près de dix ans puis on l’a mise à la reproduction. Cornet Kalua est un cheval spécial, il a toutes les capacités mais il est très sensible. Au début il n’aimait pas beaucoup le sport, on a dû lui montrer que cela pouvait être amusant pour lui. Je sais qu’il n’aime pas certains endroits, Aix-la-Chapelle par exemple donc je ne l’y emmène pas, mais en indoor il est bon dans presque tous les concours, il est toujours très compétitif. Il est dans une très bonne forme en ce moment et je devrais l’emmener à la finale Coupe du Monde.

Continuez-vous à faire de l’élevage ?

On n’a jamais élevé de manière professionnelle, on le faisait avec des juments qu’on gardait une fois leur carrière dans le sport terminée. On a une fantastique jument, Meautry’s Pleasure (Papillon Rouge x Grannus) qui a eu de très bons résultats et qui vient d’avoir un poulain issu de Cornet Obolensky. Mais elle est un peu âgée maintenant donc ce sera son dernier. C’est la seule jument qu’on a à la reproduction pour le moment.

Vous avez aussi Chardonnay (Clarimo x Corrado I). Comment est-il ?

Chardonnay est un cheval incroyable. Il peut tout sauter, il a une excellente attitude, il n’a peur de rien et on peut l’emmener partout. Il est encore jeune, il a besoin d’avoir plus de contrôle sur son corps, mais il est mon meilleur cheval et il devrait faire les Championnats d’Europe.

Vous avez également eu beaucoup de bons résultats avec Coeur de Lion (Coriano x San Patrignano Cassini). Il a dix-sept ans aujourd’hui, est-ce que vous le sentez toujours en forme ?

Oui, il est plutôt en bonne forme, il a gagné une épreuve à Leipzig ainsi qu’une puissance à Malines, c’est son épreuve préférée. Il est un peu âgé maintenant mais il aime aller en concours et tant que c’est facile pour lui je continue de l’emmener. Il fera peut être de la reproduction après, on verra.

Coeur de Lion - © Maria Guinamant/Dans la foulée

Coeur de Lion – © Maria Guinamant/Dans la foulée

Vos chevaux sont-ils tous à vendre ou souhaitez-vous les garder pour pouvoir être compétitif à haut-niveau ?

Pour pouvoir prendre part à ces très bons concours, on a besoin d’excellents chevaux. Nous n’avons pas de sponsors donc on doit faire tourner pour que cela marche, mais on essaye de garder les bons chevaux le plus longtemps possible.

En 2014 vous avez décidé de changer de nationalité. Deux ans plus tard, est-ce que ce choix a eu une incidence dans votre carrière ? Est-ce que cela vous a permis d’avoir plus d’opportunités ?

Je pense que oui. En Allemagne on a beaucoup de très bons cavaliers et j’ai toujours été placé entre la septième et dixième position dans la ranking allemande, c’était assez pour faire partie de la longue liste mais pas pour intégrer l’équipe. De plus d’un point de vue géographique je suis beaucoup plus proche de l’Autriche. En ce moment je suis n°1 en Autriche (Max Kühner est actuellement le seul cavalier autrichien dans le top 100 mondial, ndlr), je peux donc faire mes plans pour mes chevaux et c’est très utile.
C’est plus difficile pour les compétitions par équipes, mais en hiver pour la Coupe du Monde être le seul autrichien est un gros avantage.

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Chardonnay – © Melissa Vriends/Dans la foulée

Vous êtes membre de l’IJRC (le club international des cavaliers de saut d’obstacles) et on sait que la grande majorité des cavaliers est contre le nouveau format Olympique, qui réduirait notamment les équipes à trois cavaliers. Êtes-vous inquiet pour le futur de votre sport ?

On a eu beaucoup de discussions sur le changement du format olympique, et lorsque les cavaliers de jumping se sont réunis, il était très clair que leur idée était de maintenir les équipes à quatre. Mais pendant le vote, il était aussi clair que la plupart des fédérations voulaient trois cavaliers, pour avoir plus de nations aux Jeux Olympiques. Je pense que la question est : qui est autorisé à élire ce format ? Si ça reste comme c’est maintenant, alors ce n’est plus à propos des meilleurs cavaliers qui prennent part à tous ces beaux concours, mais une moyenne de toutes les nations qui pourraient y participer. Que voulons-nous aux Jeux Olympiques et qui doit avoir une opinion ? Est-ce que les nations qui n’ont pas de cavalier doivent voter ? Je pense qu’on doit vraiment y réfléchir. Mais peu importe le résultat, on devra l’accepter.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune cavalier qui voudrait avoir une carrière dans le sport ?

Les gens qui ont du succès dès leurs jeunes années viennent souvent de familles dans lesquelles les parents ont déjà de l’expérience dans le sport. C’est vraiment une question d’expérience. Vous devriez trouver quelqu’un qui en a, et qui pourrait vous en donner. Personnellement je n’ai jamais eu de mentor, même si j’ai eu de très bons entraîneurs. J’ai dû essayer beaucoup de choses, que je ne faisais parfois pas de la bonne manière, mais vous devez justement reconnaître que ce n’était pas bon pour faire mieux la prochaine fois. C’est un avantage mais ça coûte beaucoup de temps.

Est-ce que vous aviez un ou plusieurs cavaliers qui vous inspirait, que vous regardiez ?

Oui, encore aujourd’hui je regarde beaucoup de cavaliers, presque tous les meilleurs, ils font tous quelque chose de spécial. Mais d’autres n’ont pas forcément besoin d’être parmi les meilleurs pour faire de très bonnes choses, avec les jeunes chevaux par exemple. J’aime regarder et apprendre.

Il y a beaucoup de très bons chevaux actuellement sur le circuit, si vous deviez en monter un, lequel choisiriez-vous ?

D’abord je prendrais mon cheval, Chardonnay (rires) ! C’est une bonne question, il faut que j’y réfléchisse. Big Star est un cheval incroyable mais il n’est pas le plus jeune. On m’avait posé cette question il y a quelques années, Big Star et Cornet d’Amour commençaient tout juste les grosses épreuves et je les avais choisis tous les deux.

Photos principales : © Maria Guinamant/Dans la foulée

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