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Maelle Martin : « L’objectif est de continuer sur cette lancée ! »

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La révélation tricolore de 2016 a sans conteste été la jeune et talentueuse Maelle Martin. Après un premier CSI 5* à Lausanne, la française a enchaîné sur ceux de Lyon, Stuttgart, Paris et Genève avec à chaque fois de très belles performances à la clé. Mais si tout le monde ne la connaissait pas avant cette année, la cavalière de vingt-cinq ans possède pourtant déjà un palmarès bien étoffé avec notamment deux médailles obtenues aux Championnats d’Europe Jeunes Cavaliers de 2012 avec Nelson du Biolay. Rencontre avec celle qui devrait s’imposer comme l’une des cavalières incontournables du haut-niveau dans les prochaines années !

Etes-vous issue d’une famille de cavaliers ? Quel a été votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

Mes deux parents sont enseignants, mon père a travaillé pendant quarante ans à la Société d’Equitation Bressane à Bourg-en-Bresse. Je n’ai pas beaucoup monté avec lui mais j’ai pu profiter du système en montant toujours dans le club.

Avez-vous toujours voulu devenir cavalière professionnelle ?

Dès le début j’ai vraiment voulu en faire mon métier. En fait je ne me suis jamais vraiment posée la question si je voulais faire autre chose ou pas, c’était vraiment une évidence. J’avais une devise quand j’étais petite qui était « l’important c’est de gagner ! » (rires).

Quelles ont été les principales étapes de votre parcours jusqu’à aujourd’hui ? 

J’ai suivi une progression classique en commençant à poney puis en passant assez vite à cheval. Je voulais quand même avoir des diplômes et une formation assez complète en tant que cavalière et enseignante aussi. Après avoir obtenu le bac je suis donc partie à Saumur et j’y ai passé mon monitorat et mon instructorat tout en suivant une licence à la fac. J’avais aussi le Pole France qui me permettait d’aller sur des beaux concours. Quand ensuite je me suis installée avec mon compagnon on a essayé de faire les choses étapes par étapes. Il a fallu d’abord trouver un coin qui nous semblait assez attractif et petit à petit trouver des chevaux, construire des partenariats avec des propriétaires et des sponsors etc. Cela a été très dur au début surtout que je n’avais pas de parents qui avaient une structure à eux donc il a vraiment fallu tout commencer de zéro. J’avais vendu mon cheval des Championnats d’Europe donc même au niveau de la cavalerie il a fallu tout reconstruire. La première année je n’avais pas un cheval pour sauter plus d’1m25. On a réussi à acheter Giovani assez vite avec un propriétaire et ensuite l’année dernière Laurence de Bordas a racheté la moitié de l’autre propriétaire et nous avons gardé la nôtre.

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Maelle Martin et Laurence de Bordas aux Longines Masters de Paris le mois dernier © Alexandre Lourenço / Dans la foulée

Comment êtes-vous organisée ?

Mon compagnon Nathanael Gutierrez gère toute la partie commerce mais aussi toutes les autres parties comme la gestion du personnel pour que finalement moi je n’ai qu’à monter. On a en tout quatre employés pour quinze chevaux et on cherche actuellement une autre écurie où s’installer pour avoir davantage de boxes disponibles. On est en train d’embaucher un cavalier jeunes chevaux qui sortira les quatre ans, les cinq ans et peut-être aussi les six ans. Je pourrai ainsi me réserver vraiment pour les « vieux » chevaux. C’est quand même toujours important d’avoir des jeunes chevaux derrière pour renouveler le piquet régulièrement.

Comment s’est fait le choix du lieu d’installation ?

On a pas mal bougé, on a commencé en Normandie puis près de Chantilly avant de passer un an chez Hervé Godignon dans l’Eure et ensuite on est arrivé à Berchères-sur-Vesgre aux portes des Yvelines. C’est une localisation assez centrale et une région agréable à vivre donc on a envie de rester par là.

Pouvez-vous nous parler de vos principaux chevaux ?

Giovani de la Pomme est mon cheval de tête, c’est une star ! Il a les moyens pour tout sauter, il est très respectueux, très intelligent. Je commence maintenant à le connaitre par cœur et on a fait une fin de saison assez régulière. C’est ce qui pouvait un peu nous manquer auparavant. J’ai également Ginnis van’t Geyzeven qui est une jument qui appartient à Stephan Conter et qui va pouvoir sauter en 5* (depuis la réalisation de l’interview, Maelle Martin a également accueilli Zoe II, confiée elle aussi par Stephan Conter, ndlr). Derrière j’ai aussi beaucoup de sept ans mais qui sont surtout destinés au commerce.

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Maelle Martin et Giovani de la Pomme lors de l’édition 2016 du CSI 4* de Bourg-en-Bresse © Lucas Tracol / Dans la foulée

Avez-vous un coach qui s’occupe de vous ?

Je travaille avec Thierry Rozier depuis un peu plus d’un an. Cela permet d’avoir un œil extérieur, il me donne des petits détails et me permet de garder les pieds sur terre ! L’hiver je vais m’entraîner avec lui une fois par semaine en général et pendant la saison un peu moins souvent.

A votre tour, souhaiteriez-vous développer une activité de coaching ?

Dans un second temps, plus à long terme. Aujourd’hui j’aimerais profiter du sport, des chevaux. Pour le moment on est tellement en train de se développer, de construire un peu tout qu’on fait les choses par étapes, on ne peut pas tout faire en même temps.

Quel est votre objectif pour la suite ?

L’objectif est de continuer sur cette lancée. J’aimerais sauter des Coupes des Nations en 2017 et être plus régulièrement sur ce niveau 5* en étant plus performante tout en récupérant d’autres chevaux.

Après vos bons débuts en 5*, la pression n’est-elle pas trop importante ?

On essaye de ne pas trop y penser, je reste concentrée sur mes parcours, sur le cheval. Je fais comme je peux le faire et ensuite on voit le résultat à la fin mais j’essaye de ne pas trop penser à ça sinon ça devient déstabilisant.

Avez-vous un cavalier modèle ?

Je n’ai pas vraiment un cavalier modèle, j’aime beaucoup de qualités chez certains cavaliers. Pour en citer quelques uns, j’aime par exemple la précision de certains allemands comme Marco Kutscher, le génie d’un Patrice Delaveau ou le talent pur d’un Roger-Yves Bost. Je n’ai pas un idole mais je suis plutôt fascinée par des qualités présentes chez certains.

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Maelle Martin et Giovani de la Pomme en pleine détente au CSIW 5* de Lyon © Lucas Tracol / Dans la foulée

Est-ce que, à part Giovani, il y a un autre cheval qui vous fait rêver ?

Il y en a beaucoup mais j’ai un gros coup de coeur pour Ryan des Hayettes qu’on espère revoir très vite à haut niveau.

Avez-vous un exercice que vous aimez particulièrement faire ?

Je n’ai pas spécialement un exercice fétiche mais quand j’installe un exercice dans la carrière j’aime bien le faire avec tous les chevaux en déclinant un peu les difficultés en fonction de leur niveau. J’essaye plutôt d’adapter le cheval à chaque situation parce que je pense que c’est quand même le cheval qui doit s’adapter aux parcours et pas l’inverse.

Que pensez-vous de l’évolution du CSO ?

La principale différence pour moi entre les 5* et les 3*/4* c’est la vitesse à laquelle se courent les épreuves. Le matériel devient aussi de plus en plus léger, on voit de moins en moins de gros soubassements, d’obstacles massifs. C’est de plus en plus des petites barrières très fines. Donc forcément le choix des chevaux évolue de la même manière mais aussi l’élevage, la façon de sélectionner les étalons etc.

Comment vous imaginez-vous dans dix ans ? Numéro une mondiale ?

Inchallah ! J’aimerais beaucoup oui ! Mais à choisir je préférerais être championne olympique, les médailles c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.

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