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Kevin Gauthier : « Je veux avant tout construire un système solide »

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A vingt-quatre ans, Kevin Gauthier fait partie des jeunes cavaliers français très prometteurs. Associé à son Twist de la Butte, le tricolore gravit les échelons saison après saison en quête de haut-niveau. Sa saison indoor s’est terminée de belle manière en mars avec une sélection au Saut Hermès pour courir les épreuves U25. Il poursuit désormais sa route en espérant réaliser de nouvelles belles performances cette année. Rencontre…

Peux-tu te présenter ?

Je suis un cavalier de vingt-quatre ans, je suis basé dans les Yvelines au Haras de Bazemont. Mes parents ont créé les écuries il y a environ vingt-cinq ans, quelques mois avant ma naissance ! Notre écurie a une capacité de trente-cinq boxes avec principalement des chevaux de propriétaires et mes chevaux de concours. Je suis toujours sorti en compétition sans pour autant faire des championnats à poney, et c’est lorsque j’avais douze ans que je suis passé à cheval. En parallèle de la compétition j’ai suivi des études dans l’immobilier. J’ai en effet un master dans l’expertise foncière.

Quand j’étais en juniors j’avais un bon cheval qui m’a permis de réaliser de belles choses. Twist de la Butte est actuellement mon cheval de tête, et c’est moi qui l’ai débuté. Nous avons gravi les échelons petit à petit !

Qu’est-ce qui a fait que tu te sois dirigé vers l’équitation et non dans une autre activité ?

C’est avant tout un choix de passion. Depuis toujours j’avais dans l’idée de faire ma carrière dans le milieu du cheval sans pour autant savoir vraiment comment. Il se trouve que ça se passe bien au niveau du sport donc c’est vraiment un avantage, en plus de pouvoir bénéficier des installations familiales qui représentent un beau support. Je coache également beaucoup les propriétaires qui sont à la maison. En parallèle de cela, il y a quelques mois,  j’ai créé une agence immobilière de vente d’écurie qui s’appelle Equestrian Immobilier avec un associé qui était à l’école avec moi. Lui aussi monte à cheval mais il est surtout chef de piste. Il est actuellement en train de passer les différents grades pour pouvoir dessiner les parcours d’un certain niveau, donc lui aussi est en concours tous les week-ends. Nous sommes assez complémentaires et c’est très sympa de travailler ensemble.

Présente nous ton piquet de chevaux ?

J’ai récupéré Twist au moment du sevrage et c’est moi qui l’ai construit. Aujourd’hui il a onze ans et arrive à maturité. Il a de vraies origines normandes puisque son père est Muriesco du Cotentin (Dollar du Murier x Quidam de Revel) et sa mère est par Flipper d’Elle. Il a hérité du bon coup de dos de Dollar, et de la force et la réactivité de devant de Flipper.

J’ai également Viano de la Butte, un demi-frère utérin de Twist par Lucciano qui prend neuf ans cette année. Et j’ai un deuxième neuf ans, Vasco de la Rouase, qui est lui né à la maison.

Fais-tu de l’élevage ?

Avec mes parents nous avons élevé quatre poulains durant deux ans mais nous avons arrêté car en étant dans les Yvelines, ce n’est pas forcément évident d’élever des chevaux comme ça peut être le cas en Normandie. Au fur et à mesure des années, nous avons eu davantage de propriétaires et nous avons arrêté l’élevage. Dans tous les cas c’était plus par passion que par activité.

Ressens-tu une certaine fierté de monter les produits nés à la maison ?

Oui c’est vraiment sympa ! A l’origine c’était plus une envie de mes parents d’avoir des chevaux nés à la maison. C’est comme avec Twist que nous avons élevé après son sevrage, cela permet de créer de belles histoires. Je pense même que ça joue énormément au niveau de la confiance, on sait ce qu’a fait le cheval avant et on peut gérer sa carrière de manière optimale.

Dès tes débuts avec Twist, tu t’es tout de suite dit qu’il allait t’emmener au haut niveau ?

Il a un physique assez particulier donc non au début on ne s’était pas dit qu’il irait faire du haut niveau. Les premiers sauts en liberté on voyait qu’il avait beaucoup d’amplitudes mais à cette époque-là ce n’était pas un crack ! Dès les premiers concours je sentais qu’il y avait quand même quelque chose de différent. Il était très horizontal, très répendu, mais il avait un super coup de dos et une très bonne réactivité dans son geste de devant.

Comment as-tu vécu ta sélection pour courir les U25 du Saut Hermès ?

J’ai appris via Thierry Pomel en début d’année que j’étais sélectionné pour courir les épreuves du Saut Hermès réservées aux jeunes. J’ai bien sûr été très content de cette nouvelle et j’ai été tout de suite très motivé. C’est vraiment le concours parisien par excellence qui allie élégance et top-niveau, en plus d’offrir une atmosphère unique.

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Qu’est ce que ça procure d’évoluer avec les meilleurs cavaliers mondiaux au sein de cette atmosphère là ?

J’ai déjà fait des 3 et 4* et puis les U25 du CSIO de La Baule l’an dernier. C’est très intéressant car nous pouvons suivre les épreuves du 5* en tant que spectateur et par la même occasion apprendre beaucoup. C’est aussi très intéressant de les côtoyer pour voir comment ils s’occupent de leurs chevaux, le travail et les sorties des chevaux avant les épreuves, l’organisation qui est mise en place tout autour de l’événement… Chacun a son système et c’est très intéressant d’essayer de tout décrypter.

Comment as-tu préparé cette échéance-là ? As-tu échangé avec Margaux Rocuet avec qui tu faisais équipe ?

J’ai appris assez tard que Margaux était sectionnée donc nous n’avons pas échangé avant de se voir ici à Paris. J’ai effectué deux concours à Royan pour préparer Twist même si le terrain était plus grand là-bas qu’ici, il a bien pu répéter ses gammes pour se remettre dans le coup. Le premier jour a été un peu délicat pour Twist car la piste n’est vraiment pas très grande. Thierry Pomel nous a rassuré en nous disant que la première épreuve devait être vraiment un parcours de travail pour bien préparer le Grand Prix du samedi et l’épreuve par équipes du dimanche. Il a fait deux petites fautes dans cette première épreuve, mais il a sauté avec la manière et avait besoin de trouver ses repères et se rassembler. Au final nous remportons l’épreuve par équipes avec Margaux donc le week-end à Paris ne pouvait pas se terminer de plus belle manière.

Quelle est la suite de ton programme pour cette saison ?

Après les CSI 3 et 4* d’Arezzo et le CSI 3* de Maubeuge, qui a été un véritable tremplin pour moi l’an dernier, je souhaite participer aux championnats de France et aux Jeux Méditerranéens. Ce sont deux événements proches dans le calendrier donc ça sera soit l’un soit l’autre. J’aimerais  vraiment participer aux Jeux Méditerranéens mais la sélection est assez étroite donc nous verrons bien ! L’idée est dans tous les cas de courir sur des pistes extérieures qui ressemblent un peu à celles de Fontainebleau ou Barcelone (lieu des Jeux Méditerranéens, ndlr) pour se préparer au mieux jusqu’aux échéances de juin.

Quelles sont tes ambitions et tes plus grands rêves ?

Les Jeux Olympiques et les Jeux Equestres Mondiaux sont deux événements qui font toujours rêver dans la carrière d’un cavalier. Après j’aime bien trouver et former de jeunes chevaux, essayer de créer un piquet de chevaux qui puisse m’emmener un peu plus loin. Pour l’instant j’ai que Twist qui peut me permettre de courir des épreuves de ce niveau-là. Aujourd’hui j’ai une écurie qui me permet vraiment d’évoluer et de faire évoluer les chevaux dans un beau sport donc il faut encore peaufiner les réglages pour être au top.

Les 5*, tu y penses tous les jours ?

J’aime bien me fixer des objectifs que je vois naître donc pour l’instant je me concentre vraiment sur mon piquet de chevaux et leur formation. Après oui forcément je pense au haut niveau. Si je peux y goûter déjà un petit peu avec Twist, je prends ! Je pense qu’il a vraiment les possibilités pour aller faire du 5* mais je ne veux pas précipiter les choses et je veux avant tout construire un système solide.

Y’a-t-il un cavalier qui t’inspire ?

Eric Navet est vraiment un modèle car c’est le cavalier français par excellence qui sait construire les chevaux. Il a le savoir-faire français aussi bien pour former les chevaux qu’en tant que pilote sur les pistes.

Quel est ton meilleur souvenir depuis tes débuts à cheval ?

Je dirais la Coupe des Nations au Danemark et le CSI 3* de Maubeuge de l’an dernier qui m’a permis d’obtenir cette sélection. Notre deuxième place dans la Coupe des Nations a été un moment très fort pour moi, malgré mes petites fautes. J’ai pu acquérir une grande expérience et je sais ce que je devrai améliorer pour les prochaines Coupes, alors j’espère qu’il y en aura d’autres ! Nous étions tous de jeunes cavaliers et l’ambiance était vraiment bien en plus de la performance donc ça reste un super souvenir.

Propos recueillis par Raphaël Garbouj.

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