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Justine Ludot : « Bellevue veut toujours bien faire ! »

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A vingt ans, Justine Ludot gravit les échelons au fil des années pour atteindre peu à peu l’élite du dressage mondial. Tout comme sa jument Bellevue, elle progresse de saisons en saisons pour suivre le circuit jeunes avec déjà un beau palmarès à son actif. Le couple qu’elle forme avec sa fille de Belissimo M n’a pas fini de nous surprendre ! Installée aux Ecuries du Jonquet dans lesquelles évolue Joanna Parkinson, Justine semble avoir toutes les clés en main pour réussir. Rencontre…

Comment as-tu commencé à pratiquer l’équitation ?

Mes parents montaient à cheval mais en loisir et quand j’étais petite ils m’avaient acheté un petit poney. Ensuite j’ai fait sept ou huit ans de poney club puis je suis arrivée dans une écurie où ils commençaient à former une petite équipe concours. Donc les choses se sont faites petit à petit avec d’abord de la compétition en saut d’obstacles jusqu’en 2012. J’ai ensuite changé d’écurie et du coup je n’avais plus d’entraîneur mais je ne voulais pas monter toute seule puisque j’avais seulement quatorze ans. Je suis arrivée dans une écurie à Basseneville où j’avais mis mes poneys en attendant et c’est là que Bertrand Lebarbier est arrivé en même temps. Je m’étais alors dit que j’allais faire un an de dressage à poney dans l’optique de me former et d’apprendre de nouvelles choses. Finalement on m’a ensuite confié un cheval et je suis donc toujours dans le dressage depuis ! Mais je pense que je reprendrai quand même le saut d’obstacles un jour, je saute déjà ici avec les chevaux de Joanna en plus de les monter sur le plat.

Quel est ton palmarès jusqu’à présent ?

J’ai fait une saison en Grand Prix poney sans trop de résultat puisque c’était la première. Après on m’a confié un petit cheval pour débuter les juniors et j’ai ensuite eu ma jument Bellevue en 2014. En junior nous avons été vice-championnes de France et j’ai commencé les internationaux avec elle. On a également deux saisons en jeunes cavaliers derrière nous avec une place de réserviste aux Championnats d’Europe en 2016.

Depuis quand es-tu installée aux Ecuries du Jonquet ?

Je suis arrivée en mars 2017 et je fais en parallèle mes études à la faculté de Caen en économie. Pour ma deuxième année de licence, j’ai décidé de la diviser en deux pour pouvoir avoir le temps de sortir en concours. J’ai donc fait une moitié l’an dernier et l’autre moitié cette année ce qui me permet d’avoir du temps pour monter à cheval. J’arrive comme ça à concilier plutôt bien les chevaux et les études. Je ne veux pas être cavalière professionnelle donc les études restent très importantes pour moi. Je viens monter tous les jours quasiment depuis le début de l’été et je monte aussi des chevaux de Joanna d’autant plus quand elle part assez loin et longtemps en concours.

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Du coup depuis mars je monte beaucoup plus qu’avant. Comme jusqu’ici je n’avais que la mienne à monter et qu’elle était près de Deauville, je ne la montais que trois fois par semaine alors que là je peux en monter dix différents. Cet été surtout j’en ai monté un grand nombre. Ça permet de faire avancer ma monte et de voir les choses aussi différemment avec ma jument. J’ai pu aussi ressauter avec des chevaux de Joanna, j’ai essayé avec Blue (le surnom de Bellevue, ndlr) mais ça n’a pas été concluant !

Comment se passe le travail avec ton coach ?

Quand j’avais entre dix et quinze ans je vivais près de Rouen et mes poneys étaient près de Falaise. Je prenais un cours de dressage par semaine et c’est Gabrielle Mathieu qui me prêtait des chevaux déjà dressés mais pas du tout dans l’optique compétition à l’époque. Maintenant, Bertrand Lebarbier vient trois fois par semaine ici, soit il nous fait travailler avec Blue soit il la monte lui-même si je ne peux pas être là. J’apprends en même temps qu’elle donc c’est bien que Bertrand puisse la monter régulièrement pour la faire avancer vers le Grand Prix. Notamment pour lui apprendre passage, piaffer, son aide est vraiment importante.

Comment as-tu découvert ta jument Bellevue et quelle a été votre progression ?

Je l’ai achetée en mars 2014. C’est tombé un peu par hasard, Bertrand avait des clients qui lui avaient parlé de cette jument et moi j’étais partie essayer des chevaux dans un élevage près de Paris mais ça ne s’était pas très bien passé. Sauf que j’avais déjà regardé beaucoup de chevaux, on me disait que dans le budget que j’avais ce serait très compliqué de trouver un cheval pas trop vieux qui m’emmènerait sur toutes mes saisons jeunes. Bellevue n’avait pas fait grand chose encore, elle tournait en amateur 3 et venait d’Allemagne à la base. Elle était dans les écuries de la famille Judet et comme on n’était pas loin, Bertrand a appelé Camille un soir pour demander si on pouvait venir l’essayer. Au final c’est donc moi qui l’ait essayée à la place des clients de Bertrand. Je me suis tout de suite bien entendue avec, après c’est sûr qu’il y avait beaucoup de travail à faire. Pour l’amener au niveau junior on a mis un an avant qu’elle soit vraiment calée avec moi. On ne pensait pas qu’elle serait aussi bonne et finalement plus ça va et plus on la trouve encore meilleure. A la base je ne pensais pas qu’elle irait jusqu’au Grand Prix alors qu’elle va le faire.

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C’est une jument mais elle est vraiment très pratique ! Autant à pied elle est fort dans le sang mais elle a vraiment une bonne tête, en concours elle ne fait jamais de contre-performance, elle est toujours sage, toujours volontaire au travail, elle veut toujours bien faire ! En concours elle est très concentrée, elle n’a peur de rien.

Quels sont encore les points à améliorer avec Bellevue ?

Elle se contracte pas mal en concours, elle est volontaire mais elle est quand même assez tendue donc elle fait tout mais pas avec le même brillant qu’on a à la maison. Dans la musculature il faut qu’elle se développe encore parce qu’à la base elle est toute fine sans trop de force dans le dos. Mais c’est surtout moi qui dois m’améliorer. Il faut qu’elle soit montée très précisément sinon elle va vite aller à la faute parce qu’elle ne sait pas trop ce que je lui demande et ça la stresse. Il faut vraiment qu’on continue à se roder pour que tout soit bien calé et qu’il n’y ait plus de faute.

Quel est son planning de travail ?

Je lui fais un planning toutes les semaines. Je fais trois séances avec Bertrand où on essaye d’avancer vraiment techniquement. Je la monte deux fois toute seule, s’il fait beau par exemple je pars en balade au moins une fois dans la semaine pour qu’elle garde la pêche ! Et sinon je lui fais des séances de stretching tranquillement. Elle va aussi au marcheur tous les jours pendant trente minutes à une heure pour qu’elle se muscle et qu’elle sorte deux fois dans la journée. Elle a au moins deux jours dans la semaine qui sont tranquilles avec soit de la longe soit de la balade ou alors elle va au paddock aussi quand la météo le permet.

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Quels sont tes objectifs pour la suite ?

Là je veux finir ma licence en parallèle de ma dernière saison de Jeunes Cavaliers. On a fait un planning de concours avec une sortie tous les mois en essayant de faire de grosses échéances, des 4, des 5* et aller aux Championnats d’Europe en juillet, d’autant plus que ce sera en France à Fontainebleau. Si j’arrive à être sélectionnée aux Championnats d’Europe, j’aimerais poursuivre sur du Grand National et les Championnats de France. On passera ensuite en U25 mais il faudra encore un peu de travail de préparation. Je ne pourrai surement pas sortir la saison prochaine du coup, ou peut-être en fin de saison mais de toute façon j’aurai ma troisième année de licence à faire donc j’aurai moins de temps jusqu’en avril. Il nous manque vraiment quasiment que le piaffé et l’enchaînement de tous les mouvements, appuyer, changements de pieds au temps, pirouette etc. Je prendrai le temps de la préparer pour que tout ne lui saute pas à la tête trop rapidement. Par contre je ne pense pas rester en U25 très longtemps, j’aimerais intégrer assez vite le circuit senior pour faire une équipe Grand National et m’approcher du haut-niveau.

L’objectif est donc de continuer dans le dressage ?

Si je peux garder ma jument et qu’elle va bien oui ! Si je peux avoir un deuxième cheval ce serait plutôt un cheval d’obstacle. J’espère vraiment garder Blue mais si on a de grosses propositions malheureusement on ne pourra pas toujours dire non. Dans tous les cas je ne reprendrai pas un cheval de dressage mais plutôt un d’obstacle.

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As-tu un cavalier modèle ?

Je voudrais vraiment monter comme Bertrand ! C’est déjà bien parce que quand on a un entraîneur qu’on admire ça aide à aller vers le haut. Il y a aussi Juan Matute, un jeune cavalier espagnol qui sort déjà en Coupe du Monde et il a vraiment une équitation que j’aime bien.

Que penses-tu que vous vous apportez mutuellement avec Joanna ?

Pour moi ça m’aide énormément de monter ses chevaux parce que ça me donne d’autres visions et ça met en avant encore plus mes défauts. Pour elle je travaille plusieurs de ses chevaux sur le plat, Bertrand les monte aussi régulièrement, les chevaux de tête surtout. Là Joanna a voulu faire une pause dans les concours pour travailler vraiment sur le plat et elle a pris conscience que c’était très important de les avoir encore plus aux ordres et que ça allait lui changer la donne ensuite en concours.

Comment s’est faite cette collaboration avec Joanna ?

Avec Joanna on se connait depuis qu’on est petites parce qu’on faisait tous les concours poneys ensemble donc on a toujours été concurrentes en fait. On s’est ensuite un peu perdues de vue puisqu’on n’était plus sur les mêmes concours. J’étais dans une écurie près de Deauville mais ça commençait à être compliqué parce que je ne montais plus assez à cause de la distance. Donc j’ai cherché à rapprocher ma jument de Caen et j’ai appelé Joanna pour visiter les écuries afin de voir si elles pourraient convenir parce que Blue a besoin de conditions de vie optimales. Petit à petit elle m’a ensuite proposée de monter des chevaux, ce qui était également un objectif que j’avais pour pouvoir me faire plus la main. Je suis venue là un peu par hasard en fait et ça fonctionne très bien ! Comme on s’entend bien et qu’on a la même vision des choses on échange beaucoup.

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Que penses-tu de l’équipe de France de dressage actuellement et de la politique fédérale en place pour faire progresser cette discipline ?

La FFE essaye de mettre en place une politique pour pousser les jeunes vers le haut niveau. On a plus de stages d’organisés, ils essayent de nous envoyer sur plus de compétitions etc. Après c’est vrai qu’en Jeunes on a un petit vide puisque l’an dernier on n’a même pas pu former une équipe pour les Championnats d’Europe. On a en revanche une bonne équipe de Juniors où ils sont plus nombreux donc je pense que pour l’avenir ce sera mieux. Même chez les seniors c’est difficile d’avoir des chevaux de ce niveau. On voit par exemple des cavaliers étrangers comme Patrik Kittel ou Edward Gal qui ont un gros piquet de chevaux et pas forcément à leur charge alors qu’en France quasiment tous sont propriétaires de leur cheval et ils n’en ont souvent qu’un pour faire du haut-niveau. Comme ils n’en ont qu’un, le cheval arrive peut-être un peu plus fatigué que les autres parce qu’ils font toutes les échéances même en National. Donc en fait on n’a surtout pas assez de propriétaires dans le dressage. D’autant plus qu’il faut se montrer plusieurs fois devant les juges, se faire un peu un nom avant de voir les notes grimper. Et sans beaucoup de chevaux ni de cavaliers c’est difficile de se faire une bonne réputation.

Malgré ton jeune âge, tu disposes déjà de nombreux sponsors, comment as-tu procédé ?

Au départ j’ai cherché mes partenaires toute seule et j’en avais déjà trouvé plusieurs qui avaient fait le choix de me suivre au début donc c’était super. Maintenant c’est CMC Agence qui se charge de trouver de nouveaux contrats, de m’aider dans ma communication. Je commence à avoir beaucoup de partenaires pour ce qui est du matériel et sans ça je pense que je ne pourrais pas faire les saisons que je fais là. J’ai la chance que ce soit mes parents qui me financent tout mais c’est très coûteux, surtout que par exemple en concours Bertrand ne vient souvent que pour moi sur plusieurs jours donc ça a un coût. C’est sûr que sans mes partenaires je pourrais en faire beaucoup moins.

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Aurais-tu un petit conseil concernant les soins que tu souhaiterais partager ?

Ma jument a vraiment besoin de beaucoup d’attention sinon elle se fait vite des petites choses donc je mets des bandes tout le temps, je lui fais des shampoings régulièrement pour ne pas laisser la crasse sous les couvertures. Je lui donne également des compléments pour s’étoffer au niveau musculaire et pour les pieds j’utilise les produits Kevin Bacon’s. Rien n’est laissé au hasard, pour elle chaque jour je passe quasiment trois heures à faire les soins. Je m’en occupe vraiment comme une princesse.

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