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Grégory Cottard : « L’histoire qui me lie à Pepyt’ est une histoire que je souhaite à tout le monde de vivre »

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Omniprésent sur les pistes du Circuit du Grand National de CSO, Grégory Cottard s’est petit à petit fait une place parmi les meilleurs cavaliers français. D’une nature discrète, le cavalier des Ecuries de Wy n’a cessé de gravir les échelons depuis son plus jeune âge pour atteindre en 2013 le titre de Champion de France Pro Elite avec sa Pepyt’ des Elfs, jument qu’il a lui-même fait naître. Mais pas question pour le francilien basé à Drocourt de s’arrêter là. Si l’élevage et l’enseignement l’intéressent beaucoup également, les concours nationaux ou internationaux lui permettent de briller dans les épreuves plus importantes avec ses chevaux de tête, mais aussi de former l’avenir. Rencontré cet hiver, Gregory Cottard a gentiment répondu à nos questions.

Vous avez été Champion de France, aujourd’hui vous partagez votre temps entre le Grand National et les pistes de 3*, comment en êtes-vous arrivé là ?

Je suis arrivé à ce niveau grâce à Pépyt’, et aussi grâce à Marie-Caroline Besins qui m’a accompagné dans tous ces concours. J’ai commencé en tant qu’apprenti, palefrenier, groom… Après je suis allé d’écurie en écurie où j’ai rencontré les bonnes personnes. Mais c’est surtout en ayant fait naître cette jument, Pépyt’, car c’est elle qui m’a permis de décrocher le titre de Champion de France.

Comment marche votre système, d’où viennent vos chevaux ?

J’ai des chevaux en préparation, des chevaux que Marie-Caroline Besins achète pour moi. Quand on en vend un, on essaye d’en racheter un pour continuer d’avancer et de former les chevaux. C’est un système assez simple.

De qui se compose votre équipe ?

Il y a Manon qui est la cavalière maison et Mickaël qui est groom mais aussi palefrenier et soigneur. C’est lui le responsable d’écurie car c’est lui qui s’occupe des stocks. Il y aussi Michel qui est le manager et le gérant de l’écurie. Marie-Caroline Besins est la propriétaire des écuries et celle qui investit pour moi dans la plupart des chevaux qu’on a. En concours, c’est Pauline ma groom qui m’accompagne.

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Pauline, la groom de Grégory, ici en photo avec la star des écuries, Pepyt’ des Elfs. ©️ Maria Guinamant – Dans la foulée

Vous êtes donc salarié, que pensez-vous de cette situation ? Est-ce plus confortable ?

Pour moi oui c’est une situation confortable, c’est-à-dire que je m’entends très bien avec Marie Caroline donc c’est la meilleure situation. J’ai déjà tenu une écurie qui était quasiment la mienne et je ne me sentais pas à l’aise. Là, ça me permet de vraiment me concentrer sur le travail de mes chevaux plutôt que de gérer les stocks par exemple. A l’heure actuelle, je n’ai pas envie de monter ma propre structure.

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Les écuries où se situe Grégory Cottard, qui sont la propriété de Marie-Caroline Besins. ©️ Dans la foulée

Quelle est l’histoire qui vous lie à Pepyt’ ?

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Grégroy et Pepyt’ au Grand National du Mans. ©️ Maria Guinamant – Dans la foulée

Pepyt’ est une jument que j’ai fait naître. Sa mère m’avait été offerte par mon père quand j’étais plus jeune et du coup je l’ai fait naître chez des amis. C’est Mr Laborde, le père de Clémence, qui m’a offert la saillie donc c’est vraiment une jument qui n’a pas coûté grand chose mais c’est une jument de cœur. On m’a toujours demandé si je voulais la vendre à 4 ans, à 5 ans, à 6 ans et j’ai toujours dit non. On est arrivé à faire la Finale des 7 ans où elle termine deuxième. L’histoire qui me lie à Pepyt’ est une histoire que je souhaite à tout le monde de vivre, en tout cas c’est une histoire que j’aime beaucoup.

Comment va-t-elle ?

Elle a fait une bonne saison 2016, elle a gagné un Grand Prix à 1m50 et deux ou trois épreuves comptant pour la Ranking List FEI. Elle ne ressort que depuis quelques temps donc je n’ai pas forcé sur les gros concours. J’aimerais faire un peu de concours 5* si c’est possible, mais il faut voir si le physique suit et si elle tient la distance.

Est-ce que l’élevage est aussi une branche qui vous intéresse ?

Oui, mais comme je n’ai pas d’installation c’est difficile pour moi donc j’essaye de faire de l’élevage en faisant participer les amis, des gens avec lesquels je m’entends bien pour faire avancer la souche de Pépyt’.

Est-ce que dans vos prés il y a des mini Pépyt’ que vous pensez au moins aussi bons qu’elle ?

J’en ai vendu deux, il m’en reste une, Frisbee de Wy, et je crois que ça va être une bonne jument, même si je ne peux pas m’avancer plus que ça car elle a seulement 2 ans.

Avec quel genre d’étalon essayez-vous de la croiser ?

J’étais très amoureux de la façon de faire d’Armitages Boy. Je trouvais que le mélange correspondait parfaitement, entre Pépyt’ qui est raide et un peu longue dans le dos et lui qui a une grande souplesse. Je trouvais ce mariage assez sympathique. Aujourd’hui, je n’ai pas d’idée précise, j’ai mis Thais de Pegase car c’est un cheval qui est performant mais il n’y a pas d’étalon qui me transcende. Je ne sais pas encore qui je mettrai cette année.

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Frisbee de Wy, une pouliche de 2 ans par Pepyt’ des Elfs et Armitages Boy. ©️ Lucas Tracol – Dans la foulée

Que pensez-vous de Régate d’Aure ?

Régate est une bonne jument qui manque encore un petit peu de métier mais qui a également été performante en 2016. Elle a gagné pas mal d’épreuves. Elle n’est pas encore très à l’aise en indoor, mais je trouve que c’est de mieux en mieux. J’ai envie de faire un peu de Coupes des Nations, et du fait qu’elle soit un peu plus jeune que Pepyt’, je pense que c’est avec elle que ce serait le plus faisable, en tout cas elle le mérite.

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Grégory Cottard et la bondissante Régate d’Aure prenaient la deuxième place du Grand Prix du Grand National du Mans en novembre dernier. ©️ Maria Guinamant – Dans la foulée

Avez-vous des jeunes chevaux en lesquels vous croyez pour l’avenir ?

Oui, j’ai plusieurs jeunes chevaux : j’ai quatre chevaux de 6 ans et trois chevaux de 7 ans. Il y en a en lesquels je crois plus que d’autres, par exemple Bristol des Tuileries, Belle Futée qui est la sœur d’A Futée et d’Une Futée, mais aussi Bugatti du Lys, une jument que j’ai achetée l’année dernière. J’ai aussi récupéré un nouveau cheval qui s’appelle Bull d’Hogue. Ce sont quatre jeunes chevaux de 6 ans qui sont vraiment bien. Concernant les chevaux de 7 ans, j’en ai un très vert qui est Aramis Hogue donc je ne peux pas encore me faire une idée. Il y a également A Futée qui a prouvé en 2016 qu’elle était douée et aussi une nouvelle jument de l’élevage du Theil, Auction, qui est arrivée récemment. Affaire à suivre…

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A Futée de Wy et Bristol des Tuileries. ©️ Alexandre Lourenço & Lucas Tracol – Dans la foulée

Est-ce qu’encore aujourd’hui, vous trouvez que le titre de Champion de France a un impact sur la carrière d’un cavalier ?

Je crois que ça apporte une certaine notoriété, mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers ; il faut continuer à avancer parce qu’après tout s’éteint. Sinon on est Champion de France, mais il n’y a plus rien qui avance… Il faut se servir de ce titre comme tremplin.

Le sport a évolué depuis que vous avez percé, pensez-vous qu’il est encore possible pour les jeunes ne partant de rien d’arriver à haut niveau ?

Je crois qu’il faut être très motivé, il faut faire voir aux gens chez qui on va qu’on a envie. Je n’étais pas quelqu’un de doué à la base, mais j’avais envie. Aujourd’hui c’est difficile, on a peut-être un peu moins de place qu’à mon époque mais moi j’ouvre la porte aux jeunes qui sont motivés et qui ont envie. Donc je pense que c’est encore réalisable.

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Lors de ses stages, Grégory Cottard met aussi l’accent sur le travail à pied. ©️ Lucas Tracol – Dans la foulée

Vous faites des stages l’hiver, est-ce important pour vous de transmettre ?

C’est vrai que j’ai une période hivernale pendant laquelle je fais une pause de concours. Cela me permet d’animer des stages un petit peu partout en France. J’aime beaucoup car je trouve le principe de mes stages assez sympathique : je le fais avec un ballon au début donc je trouve que cela donne un côté pédagogique complètement nouveau avec un ressenti totalement différent une fois à cheval. C’est quelque chose que j’aime transmettre aux gens.

Sur quoi se base votre équitation ? Avez-vous des principes fondamentaux ?

L’équilibre du cavalier est pour moi fondamental. C’est pour ça que lors de mes stages j’utilise à pied un ballon et aussi une planche. Je travaille énormément sur le positionnement du cavalier et le dressage du cheval. Ensuite, j’essaye de regrouper les deux afin qu’il y ait beaucoup de fluidité.

Vous prenez aussi soin de votre condition physique, est-ce que vous pensez que c’est vraiment important d’être un vrai athlète pour monter à cheval ?

C’est important pour moi en effet. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de cavaliers qui sont en forme, qui sont sportifs, ce qui n’était pas toujours le cas il y a quelques années. Je vais à la salle de sport deux à trois fois par semaine, ce qui m’aide pour les douleurs au dos que j’ai eues. J’en ai également besoin mentalement pour me vider l’esprit.

Faites-vous appel à quelqu’un pour vous coacher ?

De temps en temps je fais appel à Jérôme Hurel. Mais j’ai un coach sportif, Bruno David, qui s’occupe beaucoup de moi physiquement et qui m’aide aussi mentalement car on ne travaille pas que le physique. Ensuite techniquement quand il y a des problèmes on en parle avec les copains, on regarde ce qui ne va pas et j’ai également Michel qui m’aide donc je suis assez bien encadré.

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Grégory Cottard et son préparateur physique, Bruno David.

Avez-vous d’autres cavaliers dont vous vous inspirez beaucoup ?

J’aime beaucoup tous les cavaliers de haut niveau, Simon Delestre, Kevin Staut, Pénélope Leprévost… Je m’inspire de cette nouvelle génération et de cette nouvelle équitation qui est dans le liant, dans la fluidité, ça paraît tellement facile.

La vie dont vous rêveriez le plus est-elle plutôt d’enchaîner tous les week-ends des CSI 5* ou alors d’alterner les CSI 5* avec des concours jeunes chevaux pour former aussi l’avenir ?

Je n’ai jamais fait tous les weekends en 5*, mais c’est une question que je ne me suis jamais posé. Peut-être que ce serait trop difficile pour moi de ne faire que du 5*, je ne me vois pas faire que ça. J’aime aussi former les jeunes chevaux, alors alterner entre les deux me plairait plus.

Quel cheval, autre que les vôtres, rêveriez-vous de monter ?

Je dirais Ryan des Hayettes ou Flora de Mariposa, des chevaux comme eux débordant d’énergie qui font envie. Ce sont des vrais chevaux de concours.

Photo principale : Grégory Cottard et sa fidèle Pepyt’ des Elfs. ©️ Lucas Tracol – Dans la foulée

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