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Equipe de France CCE juniors : Elliot Dalby : « Je détestais les concours, et je voulais ne jamais en faire ! »

As Jeune Elite Pompadour, avril 2019.
© P. Barki / France Complet

Cette année, le village de Maarsbergen, situé dans la commune d’Utrecht, accueillait les championnats d’Europe juniors et jeunes cavaliers de concours complet. Du 10 au 14 juillet, les meilleurs complétistes européens de 14 à 21 ans se sont affrontés sur les pistes néerlandaises (les juniors français ont décroché le bronze, et les jeunes cavaliers l’argent). Pour certains, ce fut l’occasion de faire leurs preuves lors d’une première sélection. C’est le cas d’Elliot Dalby et de son cheval Titou qui ont décroché une belle 23ième place dans la catégorie des juniors. Le couple s’est formé il y a un an et demi et a connu une ascension fulgurante. Rencontre.

 

Tu viens de rentrer des championnats, comment se sont-ils déroulés pour toi ?

Nous sommes arrivés le lundi après-midi, nous nous sommes installés. Le mardi nous avons fait une journée de préparation. Le mercredi nous avons attaqué la compétition avec la première visite vétérinaire, ensuite le tirage au sort des nations, et le sélectionneur, Pascal Forabosco, a déterminé les équipes pour les juniors et les jeunes cavaliers. Le soir a eu lieu la cérémonie d’ouverture. La compétition a vraiment commencé le jeudi, par le dressage, avec les deux premiers de l’équipe et moi en individuel. Le vendredi, le troisième, le quatrième de l’équipe, et le deuxième individuel sont passés. Le samedi nous avons crossé pour les juniors le matin, et les jeunes cavaliers l’après-midi. Le dimanche matin, nous avons fait le CSO.

Comment s’est comporté Titou lors des trois tests ?

La semaine de stage l’avait un petit peu durci, ce n’était pas tout à fait le même travail quotidien, ça nous a un peu chamboulés, donc sur le dressage nous aurions pu dérouler une meilleure reprise, qui nous aurait sûrement montés au classement. Nous avons limité la casse, ça aurait pu être plus compliqué. Il a très bien crossé, nous sommes sans faute aux obstacles et maxi au niveau du temps. Ce n’était pas un cross pas facile, il était technique, avec beaucoup de dénivelé, il fallait bien protéger les obstacles car il y en avait qui étaient secs, fautifs. Pour le saut d’obstacles il était bien aussi, après j’ai fait deux barres bêtes à cause de la pression, je n’ai pas soigné toute ma préparation avant d’attaquer le parcours, c’était un peu précipité, je n’étais pas dans le bon galop. Ça m’a coûté deux barres sur la première ligne, mais après je me suis ressaisi et nous avons repris notre modèle de saut habituel, nous avons terminé le parcours sans faute pour la fin, mais malheureusement deux barres au début.

J’imagine que tu avais à cœur de bien faire pour ta première sélection européenne. Comment as-tu géré la pression ?

La pression diminue un peu quand nous n’avons pas le poids de l’équipe. Ensuite, avec mon jeune âge, on part avec moins de pression car on se dit que l’on aura d’autres années, ce n’est pas la dernière année où l’on peut courir les championnats. Après il faut retrouver le confort comme si c’état un concours habituel, avec ma coach Vanessa (Fanton, ndlr) et mes parents.

Peux-tu nous parler de la préparation organisée par le staff fédéral ?

Nous sommes encadrés par le sélectionneur qui observe aussi l’ambiance au sein du groupe. Nous avons Florence Lenzini qui est adjointe de dressage pour les juniors, et Jean-Pierre Blanco pour les jeunes cavaliers. Ils s’occupent de nos entraînements, donc au tout début de la semaine de préparation nous avons fait beaucoup de dressage. Ensuite, nous avons fait quelques séances d’obstacle avec Pascal. Tout ceci est lié avec le Directeur Technique National du complet, Michel Asseray, il a beaucoup apporté à la cohésion du groupe durant toute la semaine de préparation afin de créer un bon esprit d’équipe. Nous avons fait pas mal de petites activités entre nous et organisées par le staff fédéral. Nous avons fait des courses à pieds, des volleys, nous sommes allés nous baigner entre juniors et jeunes cavaliers. En fait, pendant la semaine de préparation nous nous mélangions vraiment beaucoup, et pendant la semaine de concours nous restions en petits groupes, les juniors d’un côté, et les jeunes cavaliers de l’autre.

A ton avis quels sont les éléments qui ont décidé le sélectionneur lors du choix de l’équipe finale (composée de Zazie Gardeau, Elora Lyard, Nina Scherer et Julie Simonet) ?

Pendant la préparation Titou n’était pas au top de sa forme. Nous n’étions pas les meilleurs dresseurs, et au niveau du saut d’obstacles ce n’était pas grandiose non plus. Donc forcément ça nous a reculé pour le choix du sélectionneur, j’imagine qu’il s’est dit que c’était une prise de risque de nous mettre dans l’équipe. Il a préféré prendre des valeurs sûres. J’ai encore deux ans de juniors, et les quatre qui étaient dans l’équipe c’est leur dernière année. Ça me permet de gagner de l’expérience, je pourrai toujours courir en équipe sur d’autres années.

Que t’a apporté la confrontation aux autres nations européennes ?

Déjà nous voyons que dans toutes les nations européennes il y a du niveau. Nous nous rendons compte que même si nous pouvons gagner un championnat de France par exemple, quand nous nous mesurons aux autres nations, nous ne sommes pas forcément champions d’Europe. Il y a de très bons chevaux et cavaliers étrangers qui montent très bien.

Ta sélection : une surprise ou tu t’y attendais ?

Une surprise ! Nous n’avions pas planifié d’aller aux championnats d’Europe. La preuve : mes parents sont partis en vacances pendant que j’allais à la semaine de préparation, Vanessa avait prévu d’aller à Lamotte-Beuvron, et je devais aller voir ma sœur en Angleterre. Donc ça a été compliqué au niveau de l’organisation. Nous avions planifié un autre déroulement pour la suite de la saison car nous ne voulions pas nous donner de faux espoirs. Nous nous disions que le résultat serait négatif, que nous ne serions pas pris. En revanche, dès que nous allions en concours nous avions à cœur de faire une performance, et dès que nous en faisions une, nous voulions la répéter, notamment pour chaque Grand National, pour montrer que nous pouvions aller sur ces championnats. Mais nous partions quand même dans l’idée que nous n’irions pas, pour ne pas être déçus par la suite.

Comment as-tu organisé ton planning de concours pour aboutir à cette sélection ?

Pour la sélection il faut montrer ce que l’on vaut au staff fédéral. Il faut faire les Tournées Des As sur les grands nationaux en As Jeune Elite. Il faut prouver que l’on est capable de répéter les performances sur les trois tests, et c’est ce qu’on a essayé de faire. A Lamotte-Beuvron nous avons décroché une neuvième place, à Pompadour une quatrième, une deuxième au Lion d’Angers et une troisième à Saumur. Au niveau du dressage ça a été croissant car à Saumur je sors deuxième de ma reprise, et à l’issue du cross je suis premier. Malheureusement je fais une barre au CSO.

Justement, cette sélection c’est le fruit de ton travail acharné au quotidien, comment gères-tu tes cours et tes entraînements ? Peux-tu nous décrire ta semaine type et celle de Titou ?

Titou a besoin de beaucoup d’exercice, il a une journée de repos par semaine. Cette année je n’avais que des créneaux entre midi et deux. C’est Vanessa qui venait me chercher au lycée à midi pour que je monte une heure, et je mangeais si j’avais le temps ! Les mercredis, samedis et dimanches j’allais monter à Chavannat, chez Vanessa.

 

 

Peux-tu nous présenter ta carrière de cavalier de tes débuts à cheval jusqu’à l’acquisition de Titou ?

J’ai commencé tout petit par de la balade. Ma mère est passionnée. Mes parents ont acheté plusieurs chevaux. Ma sœur a commencé les concours. Moi je n’étais pas du tout dedans, j’étais dans le triathlon, je détestais les concours, et je ne voulais jamais en faire ! Ce sont mes parents qui m’ont en quelque sorte forcé à passer mes galops. Ensuite, avec une maladie de croissance, quand je faisais du triathlon à fond, je me suis beaucoup plus mis à monter, et ma mère m’a proposé d’avoir mon propre cheval. J’ai commencé les compétitions de saut d’obstacles, j’aimais bien travailler, mais les compétitions, ce n’était pas encore ce qui me plaisait le plus. Après, j’ai découvert le complet avec Vanessa. Là je me suis vraiment pris au jeu et j’ai adoré monter. Je montais le cheval de ma sœur et le mien. A un moment je commençais à stagner un peu donc on a regardé les chevaux qui pouvaient me faire basculer dans le niveau supérieur. J’ai envoyé un message à plusieurs grands cavaliers pour savoir s’ils avaient des chevaux pour moi. Forcément, pour faire ce que je voulais, dans mon budget, il n’y en avait pas beaucoup. Nous avons quand même réussi à trouver Titou chez Cédric Lyard, je l’ai essayé, ça s’est bien passé, et on l’a pris, le jour de l’anniversaire de Vanessa ! Nous avons commencé en janvier 2018. Nous avons évolué en amateur 3, 2, 1 et élite. J’ai fait toute ma saison sans faire aucune Tournée Des As. Ensuite, j’ai fait mon premier championnat de France amateur élite. Pour prendre de l’expérience j’ai fait mon premier international au Pouget. Cette saison nous avons commencé à faire les grands nationaux.

 

Amateur élite Lamotte-Beuvron, septembre 2018.

Amateur élite Lamotte-Beuvron, septembre 2018.

 Comment as-tu réussi à avoir une progression aussi fulgurante avec lui ?

Le travail à fond ! Et j’ai la chance que Vanessa puisse venir souvent, que mes parents soient disponibles pour moi. Ce qui m’a fait progresser c’est l’entraînement, me voir car mon père filme beaucoup, analyser, réécrire, comprendre. Je pense que tout ça me permet d’améliorer mes performances pour les prochaines fois. En plus, s’occuper tout le temps de Titou ça aide, on le connaît par cœur !

Ta coach Vanessa semble avoir une part importante dans votre réussite. Quels sont ses secrets ?

C’est une coach passionnée qui va à fond dans les concours, derrière ses élèves, elle n’hésite pas à venir nous voir chez nous. Sa disponibilité est quand même quelque chose de rare. Elle a des compétences de coach non négligeables, elle m’a beaucoup appris et m’en apprend encore. Elle essaye toujours de nous pousser encore plus, elle ne nous dit jamais que c’est bien, et nous n’avons jamais de compliments, c’est peut-être son seul défaut ! Mais d’un certain côté c’est ce qui nous fait progresser et faire de plus belles performances.

Quel est le programme de Titou dans les jours à venir ?

Quinze jours comme ça c’était une ambiance particulière. On le laisse souffler un peu, gambader dans ses champs qu’il aime tant, je ne le monte pas tout de suite. Ensuite je vais le marcher tranquillement pour qu’il passe un petit peu à autre chose. Après on le retravaillera gentiment sur les reprises de dressage et sur le fond pour améliorer sa musculature, et donc ses performances futures.

 

Titou

                               

 

Désormais quels sont tes objectifs sportifs à moyen et long terme ?

D’abord il y a les championnats de France du Grand National au Haras du Pin début septembre. Après je ne sais pas si j’aurai la possibilité de faire un 3*, mais c’est ce que je souhaiterais faire, avec les résultats que l’on a, je pense qu’on en aurait la capacité. Ensuite il y a le championnat de France amateur élite à Fontainebleau, où je n’ai encore jamais couru, et j’imagine que ça doit être un beau terrain. Pour terminer la saison j’espère faire le 3* du Pouget, vu que j’ai participé à mon premier international là-bas l’an dernier.

Peux-tu nous parler de ta vie de lycéen ?

J’étais en première S au lycée Jean Favard à Guéret, je passe en terminale. Pour l’instant l’objectif est de maintenir mes résultats scolaires. Pour la suite, c’est encore un peu flou, j’avais plusieurs idées, dans le cadre militaire, ou dans l’ingénierie, j’hésite encore, mais il me reste un an pour réfléchir. Je sais que ça sera difficilement dans les chevaux, car c’est compliqué d’y gagner sa vie. Ça restera un loisir.

Aujourd’hui quel est le rêve d’Elliot Dalby ?

Ce que l’ont pourrait faire en travaillant dur c’est ramener une médaille d’or des championnats d’Europe dans les années à venir. Il faudrait déjà une autre sélection. En équipe ça serait merveilleux, et en individuel ça serait un rêve.

 

Propos recueillis par Elsa Teiton.

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