Saut d'obstacles

CHI Genève : À la fin, c’est (encore) Martin Fuchs qui régale tout le monde !

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Quel sport, quel spectacle a, une fois de plus, offert le CHI de Genève. Pour sa cinquante-neuvième édition, le plus bel indoor du monde s’est conclu en apothéose, avec la victoire du jeune et inarrêtable Martin Fuchs. Associé à son Clooney 51, qui lui a déjà offert pléthore de médailles et de victoires, le Suisse a réitéré, à domicile, faisant trembler les tribunes de la grande piste indoor dans toute l’enceinte de Palexpo. Scott Brash semble lui avoir trouvé la relève de son si unique Hello Sanctos, qui lui avait permis de monter sur la plus haute marche du podium sur cette même piste en 2014. Avec Hello Senator, l’Ecossais a pris la deuxième place, juste devant Jérôme Guéry, une nouvelle fois impressionnant avec Quel Homme de Hus.

Martin Fuchs a réalisé un rêve en s'imposant à Genève, dimanche 15 décembre. © Mélina Massias / Dans La Foulée

Martin Fuchs a réalisé un rêve en s’imposant à Genève, dimanche 15 décembre. © Mélina Massias / Dans La Foulée

Ils étaient quarante à avoir décroché leur précieux sésame pour ce Grand Prix d’exception. Et avant même le début de la compétition, la tension était palpable. Sur le délicat, mais si brillamment construit, parcours de Gérard Lachat et de Louis Konickx, la bataille a été belle, palpitante même. De tels moments de sports n’arrivent pas tous les jours, à l’heure où fleurissent les épreuves de circuits peu flatteurs. Mais voilà, le CHI de Genève, à l’image de tous les autres majeurs comptant pour le Grand Slam, tient ses promesses. 

Sur le parcours initial, les fautes se sont accumulées un peu partout, n’ouvrant les portes du barrage qu’à une poignée d’heureux élus. Onze pour être exact. Le public genevois a pu se réjouir des sans-faute de Steve Guerdat, évidemment, de son ami, Martin Fuchs, mais aussi de la star montante chez les Helvètes : Bryan Balsiger. Tous trois avaient pour l’occasion misé sur des montures de premier choix : Albfuheren’s Bianca, Clooney 51 et Clouzot de Lassus. Étonnants de maîtrise, les locaux ont tout simplement enflammées les tribunes. Il n’y a pas de doute, le public de Palexpo est l’un des meilleurs au monde. Autant d’Irlandais ont accédé au barrage. Tout d’abord, le jeune et impressionnant Michael Pender, devancé de peu jeudi soir, a ouvert la voie aux clear rounds, aux rênes d’HHS Burnchurch. Une justesse remarquable pour celui qui, à 20 ans à peine, s’est déjà imposé dans le mythique et redoutable derby d’Hickstead. Il a été imité par Mark McAuley, en selle sur Vivaldi du Theil, et Darragh Kenny, en forme étincelante ses derniers temps, et qui avait sellé Balou du Reventon ce dimanche. Même résultats pour les Belges, qui ont qualifiés avec aisance trois paires : Jérôme Guéry et le formidable Quel Homme de Hus, déjà sixième à Aix-la-Chapelle cet été, et qui aurait même pu figurer plus haut sans une malheureuse glissade, Pieter Devos et son puissant Espoir, ainsi que Jos Verlooy qui espérait sans doute s’offrir une victoire avec Igor pour fêter dignement ses vingt-quatre printemps. 

Fort d'un piquet de chevaux pour le moins fourni, Scott Brash retrouve les premiers rôles. © Mélina Massias / Dans La Foulée

Fort d’un piquet de chevaux pour le moins fourni, Scott Brash retrouve les premiers rôles. © Mélina Massias / Dans La Foulée

Les Tricolores et les Allemands ont été moins en réussite puisque les deux délégations n’ont pas été représentées au barrage. Marcus Ehning, tenant du titre avec son Selle Français Prêt À Tout, récent lauréat du Grand Prix Coupe du Monde de Madrid a essuyé deux fautes inhabituelles, tandis que Daniel Deusser a encore joué de malchance. Privé de Scuderia 1918 Tobago Z, blessé, et ayant dû composer avec une Jasmien vd Biscchop, pourtant lauréate du Grand Prix d’Hambourg cette année, peu à l’aise en terres suisses, le numéro 3 mondial a été contraint de représenter la jeune Killer Queen VDM dans le Grand Prix. Mais, comme lors de la première manche du Top Ten, la puissante fille d’Eldorado van Zeshoek n’est pas parvenue à couvrir le second plan d’un oxer. Pour les Bleus en revanche, Pénélope Leprévost pourra nourrir bien des regrets. Portant son Vancouver de Lanlore à bout de bras, la Normande a accusé un point de temps dépassé. Treizième, elle signe la meilleure performance pour la France, deux rangs devant Julien Épaillard, fautif sur l’oxer numéro douze, mais très rapide avec un Virtuose Champeix qui a encore prouvé toute sa qualité. Simon Delestre et Kevin Staut ont eux terminé avec respectivement cinq et douze points. Un Britannique, Scott Brash, et un Brésilien, Marlon Modolo Zanotelli, tous deux très en forme ce week-end, sont venus s’ajouter à la fête.

Brillants, Jérôme Guéry et Quel Homme de Hus l'ont été une fois de plus, ce dimanche 15 décembre à Genève ! © Mélina Massias / Dans La Foulée

Brillants, Jérôme Guéry et Quel Homme de Hus l’ont été une fois de plus, ce dimanche 15 décembre à Genève ! © Mélina Massias / Dans La Foulée

S’entraidant mutuellement, les Irlandais ont toutefois failli au barrage. Au jeu de la vitesse, les vestes vertes ont été pris au piège, laissant chacun une barre au sol. Neuf, dix et onzième, Darragh Kenny, Mark McAuley et Michael Pender ont été supplanté par deux Belges : Jos Verlooy et Pieter Devos. Le médaillé de bronze des derniers championnats d’Europe pourra quand même se réjouir de son double sans-faut avec son efficace fils d’Emerald, Igor. Un peu plus rapides, mais pas assez pour prétendre à un podium, Steve Guerdat, cinquième, devance Bryan Balsiger, épatant sixième. Qu’importe, les deux Hommes ont pu savourer l’atmosphère unique de leur concours local. Avec son tout bon VDL Edgar M, cheval préféré de sa fille, Marlon Modolo Zanotelli termine au pied du podium. Sans faire de bruit, le Brésilien répond toujours présent et monte en puissance. 

Au moment de franchir la ligne d’arrivée, Jérôme Guéry prend la tête du classement, provoquant une touchante émulation dans le clan belge. « Je savais qu’il y avait des cavaliers très rapides derrière moi. Mon cheval n’est pas le plus rapide, mais il a une très grande amplitude, donc sur ce genre de terrains, je peux gagner du temps en retirant des foulées et c’est ce que j’ai essayé de faire. Honnêtement, je ne pense pas pouvoir aller plus vite que ce que j’ai fait aujourd’hui tout en laissant les barres sur les obstacles« , a analysé le pilote de Quel Homme de Hus en conférence de presse. Vint alors le tour d’un certain Martin Fuchs. Avec un Clooney plus décontracté et plus agréable à monter qu’en première manche, de son propre aveux, Martin Fuchs a pris tous les risques. Et au passage de la ligne d’arrivée en 38″60 le numéro deux mondial, qui pourrait bien ravir le brassard de leader à son ami Steve Guerdat, a tout bonnement fait trembler Palexpo. La joie du public était telle qu’elle a dû résonner à l’extérieur de l’enceinte ! « Clooney a été comme il est toujours : phénoménal, s’est réjouit le champion. Jusqu’à présent, je n’avais pas eu beaucoup de chance dans les épreuves du Rolex Grand Slam, mais aujourd’hui, je crois que quelque chose a changé. J’ai fait des erreurs dans le passé avec Clooney sautait toujours magnifique ici, à Genève, mais on n’avait jamais de réussite dans le Grand Prix« . Seul Scott Brash a réussi à approcher le chronomètre de Martin Fuchs. Avec Hello Senator, celui a dit au revoir hier à son irremplaçable Hello Sanctos, a échoué pour cinq infimes centièmes de seconde. « J’ai vu le parcours de Jérôme (Guéry, ndlr) et je l’ai trouvé déjà très rapide. J’ai trouvé que mon cheval avait sauté de façon fantastique la première moitié du parcours, et pour aborder l’avant-dernier obstacle, j’ai fait douze foulées alors que le plan était d’en faire onze. Je pense que c’est là que j’ai perdu », a confié l’ancien numéro un mondial. 

Sean Vard et Clooney ; une équipe qui gagne ! © Mélina Massias / Dans La Foulée

Sean Vard et Clooney ; une équipe qui gagne ! © Mélina Massias / Dans La Foulée

Vice champion du monde, champion d’Europe en titre, Martin Fuchs a, ce soir, accroché une étape qui lui tenait à cœur : celle de Genève. Une joie incommensurable que le jeune cavalier n’a pas caché, se jetant dans les bras de son fidèle propriétaire, Luigi Baleri, de son chef d’équipe, Andy Kistler, qui a conclu son dernier CHI de Genève à la tête de la sélection helvète de la plus belle des manières, et de son groom Sean Vard, qui a eu du mal à cacher son émotion. Bref, Genève a encore offert un grand moment de sport, un de ceux, dont on ne peut se lasser. 

Les résultats complets ici.

ph. : Martin Fuchs et Clooney étaient à Genève, comme dans leur jardin, n’en déplaise à Steve Guerdat ! © Mélina Massias / Dans La Foulée

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